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Abus Dangereux 666 Avril-Mai 2000

L'une des principales caractéristiques des Bushmen est d'être des gens discrets. Rien de fracassant n'est jamais venu boulverser leur vie de groupe. Bien sûr, quelques changements de musiciens sont intervenus mais les transitions semble s'être effectuées sans heurts ni trmblements de terre. Tout aussi tranquillement, voici venir leur nouvel album "Watching Neighbours, avec ses 13 titres de "powerpunkpop", jolie étiquette qu'ils se sont eux-même collée entre les deux yeux. Un disque parfaitement travaillé, aux compositions matures et maîtrisées, plus que jamais basées sur des mélodies faisant agréablement teinter vor oreilles et qui accrochent dès la première écoute qui, gageons-le ne sera pas la dernière...

NDLR : En exclusivité pour le site Lollipop, voci l'interview en intégralité (et non cenduré !!). Pour plus d'infos sur les Bushmen, n'oubliez pas d'aller jeter un coup d'oeil sur leur superbe site, cf liens.

1 - Il s'est écoulé deux ans entre vos deux albums. Pourquoi un tel délai ?

B : Après la sortie de " Life'Hard ", Simon (batteur) partageait son temps entre nous et Shaggy Hound, alors basés à Bx. Nous ne pouvions plus répéter qu'une fois par semaine et étions pas mal sollicités pour les concerts. Les répètes ne servaient qu'à bosser la liste de scène et nous ne pouvions plus composer de nouveaux morceaux. Après le départ de Simon, il a fallu que Charly se fasse le répertoire avant d'envisager de nouvelles chansons. D'autre part, nous ne sommes ni des furieux de travail, ni super disponibles pour le groupe et cela explique pourquoi nous avons mis deux ans. En résumé, c'est parce que nous sommes un groupe d'amateurs au personnel fluctuant.

JP : Lorsque nous avons commencé à amener de nouvelles idées, elles ne faisaient pas souvent l'unanimité. Je crois, avec le recul, qu'au fond de nous, nous n'avions simplement pas envie de refaire un "Life's Hard" bis.

2 - Qu'avez-vous fait entre ces deux disques ?

B : Des répètes, des concerts, des autocollants et des tshirts.

3 - Avez-vous pendant ces deux années composé plein de titres que vous avez laissé de côté et qui ne figurent pas sur l'album ?

JP : Pas vraiment. Bien sûr, il y a eu quelques idées qui ont donné des débuts de morceaux mais ceux-ci sont restés bancals par manque d'inspiration ou par manque de finition et ils ont finalement été abandonnés.

B : On a préféré peaufiner des plans qui selon nous sortaient de nos habitudes pour aller plus loin.

4 - Quelles améliorations avez-vous tenté d'apporter sur ce nouvel album, par rapport aux précédents ?

B : Nous avons cherché à nous étonner, à nous faire plaisir, à sortir des rails tracés du " punk rock mélodique ". Nous ne voulions pas faire du " copier-coller " en changeant quelques notes par ci par là. Pour nous, les Bushmen, c'est l'anti-usine, l'anti-habitudes, l'anti-train-train etc. Le jour où on aura le sentiment de tourner en rond, musicalement, on arrêtera. On a aussi essayé d'aller plus loin dans les ruptures de rythme, toujours pour varier à l'intérieur des morceaux et pour donner plus de dynamique. C'est un truc que nous avait appris Duke (ingénieur du son) lors de l'enregistrement du premier album.

JP : D'abord une amélioration sur le son de l'album en général : On a essayé d'élargir les fréquences par rapport aux précédents qui sonnaient un peu trop médium et je pense qu'on y est parvenu quand on fait une écoute comparative entre les anciens et le dernier album. Ensuite, au niveau des compos on a travaillé davantage les arrangements et on a essayé de "casser" le côté linéaire que l'on donnait un peu trop souvent à nos morceaux. Enfin, au niveau technique : On progresse tous les jours, même si le chemin est encore long. En tout cas, ce nouvel album est certainement le plus abouti de tous.

5 - Quand ce disque a-t'il été enregistré et avez-vous choisi un producteur particulier ?

B : Nous avons enregistré ce disque en deux semaines en novembre 99 à Etages Ion Studio chez Duke à Bxl. Simon a coproduit 4 morceaux et JP les autres. C'est la première fois que nous essayons un " producteur artistique ", quelqu'un extérieur au groupe à qui confions la maneuvre du mix. L'inconvénient d'être tous derrière l'ingénieur, c'est que nous n'avons pas tous le même avis tout le temps et que le pauvre gars ne sait plus vraiment où il en est. En plus, Simon connaît bien l'esprit du groupe. C'est dommage qu'il n'ait pas pu rester plus longtemps. " Watching Neighbours " est un album " semi produit ".

JP : On a pris les mêmes et on a recommencé. En fait, on est retourné au même endroit car on aime bien ce studio et Yves est un mec bien qui commence à nous connaître. La collaboration avec Simon (orageuse quelquefois !) a permis de donner le jour à des mix de très bonne qualité.

6 - Il me semble que, dans l'ensemble, vous avez légèrement ralenti les tempos (Aie, je sens que je vais prendre des baffes...). Est-ce la progression de l'importance du côté émo dans votre musique qui en est la cause ?

B : C'est ce qu'on disait tout à l'heure, on a cherché à éviter l'ennui et à donner plus de dynamique. Et puis, avec l'âge, on apprécie les choses plus calmes. Mais c'est pas pour autant que l'on fait de la pop sucrée. Quant au côté " émo ", je ne vois pas trop ce que cela veut dire. Si c'est plus pop, on peut dire que oui.

JP : Certains tempos sont plus lents. Quand tu écoutes des groupes comme SAMIAM, JAWBREAKER, KNAPSACK, 6 GOING ON 7, etc… Ca laisse des traces. Inconsciemment, tu ne peux pas t'empêcher de te laisser influencer par ce qui te touche, par ce que tu apprécies. Mais la griffe BUSHMEN demeure : Mélodies et patate même sur les morceaux plus lents. Bref, le POWERPUNKPOP.

7 - Vous sortez ce disque, comme le précédent, chez Lollipop. Avez-vous signé un contrat pour 12 albums ou l'enchainement sur le nouveau disque s'est-il fait naturellement ?

B : Disons que Stéphane est le seul à nous avoir proposer de sortir l'album. On a quasiment démarré ensemble. Il nous a toujours soutenu et " Life'shard " est sa meilleure vente … on ne change pas une équipe qui gagne !

8 - Vous avez, m'a-t'on dit, prévu une version vinyl. Celle-ci paraitra-t'elle dans longtemps? Vous persistez dans le vinyl alors que pour un groupe de rock, c'est maintenant très difficile de rentrer dans ses frais en vendant des albums sur ce support...

JP : En effet, une version vinyl est prévue pour avril avec un morceau bonus qui est en fait un remix d'un ancien morceau (Not Anymore) qui a été fait par un pote à nous : DJ Alcyd. Tu sais, le vinyl, nous on aime ça. C'est un bel objet et comme on avait un peu de trésorerie, on a décidé de produire nous-même une petite quantité (300 exemplaires). En plus, comme pour l'album précédent, on va le sortir avec une pochette différente, comme ça, just for fun ! ! !

B : On va l'autoproduire ou le sortir avec l'aide de Salsa Picante Rds, notre pseudo label par intermittence. On ne le sort pas pour faire des bénéfices. On veut juste rentrer dans nos fonds. On le vendra en concerts, sur quelques listes VPC et à Rock Notes, notre disquaire préféré à Limoges.

9 - J'suis désolé mais mon ordinateur est une bécane minable et il m'a donc été impossible de voir la pochette de l'album que vous m'avez envoyé par Internet... Pouvez-vous un peu la décrire et nous en parler ?

B : La photo représente une chambre vide de toute personne et bien rangée. C'est un lieu assez impersonnel, genre motel. C'est en rapport avec le titre de l'album et avec le contenu du digipack. On l'a réalisée avec l'aide de Loïc Gaonach, que l'on remercie d'ailleurs (" merci Loïc ").

JP : En fait, on a d'abord surfé sur le net car on était en manque de matières premières et on a découvert le site d'un super photographe : Philip GREENSPUN (www.photo.net/philg/). On lui a demandé si on pouvait utiliser certaines de ses photos et la jaquette est née.

10 - Avec le recul comment voyez-vous vos disques précédent (l'album et le maxi) ?

B : C'est toujours difficile de juger ce que l'on fait mais j'espère qu'ils sont moins bien que " Watching Neighbours ". Personnellement, j'ai du mal à les écouter sans m'agacer. Le son n'est pas terrible et les compos sont lassantes au bout d'un moment. Seuls quelques morceaux arrivent encore à me faire plaisir. Je pense qu'ils reflètent l'évolution musicale du groupe. Un disque c'est comme une photo, ça représente un instant donné, ça résume une période passée.

JP : Chaque disque correspond à un certain état d'esprit, à un certain niveau technique, à une certaine orientation musicale. Je ne remet pas en cause la qualité des compos mais simplement la façon dont ils ont été mixés. Nous n'étions pas capables alors de définir clairement nos attentes. Trouver un bon son, ça ne s'improvise pas, ça s'apprend petit à petit. La qualité des mixages s'est améliorée d'enregistrement en enregistrement en même temps que nos capacités à faire comprendre nos attentes. Voilà aussi pourquoi nous retournons au même studio : la complicité commence à devenir importante.

11 - Vous occupez une place assez inconfortable sur la scène française : un pied dans le rock émo, l'autre dans le rock mélodique. N'est-ce pas difficile ainsi d'acquérir un public ?

B : Le fait que tu nous considères dans une zone floue n'est pas inconfortable pour nous. Les étiquettes servent surtout au réseau commercial pour estampiller, ranger les disques, cibler les clientèles et les médias qui vont les toucher. Ce qui est important c'est que l'on soit d'accord entre nous sur les choix artistiques. Quant au public, on n'atteindra jamais le niveau d'activité (nombre de concerts par an, nombre de disques vendus…) que peuvent avoir Burning Heads ou Seven Hate par exemple. Il est sûrement vrai que le fait de ne pas être catalogué dans un style bien précis doit nuire à notre renommée, mais pas plus que le fait d'être des amateurs. Nous avons quand même un public qui nous suit même si on peut avoir l'impression que ce sont des gens isolés. Je conseille aux organisateurs de spectacles de nous programmer en première partie d'une affiche sympa. Ca sera mieux pour eux et pour nous.

JP : Tu sais, on ne s'est jamais demandé ce qui allait ou non marcher, ni quelle démarche musicale il fallait adopter pour toucher un maximum de personnes. On est loin de tout ça. Ce qui compte pour nous, c'est avant tout de se retrouver ensemble, de se faire plaisir et de jouer ce qui nous passe par la tête. Côté concerts, le public, même s'il n'est pas toujours très nombreux, est souvent très chaleureux voire très enthousiaste et c'est ça aussi qui nous donne envie de continuer. Ce n'est pas le fait de faire du rock émo ou du rock mélodique qui rende difficile l'adhérence d'un public mais tout simplement le fait de faire du rock. C'est tout de même moins à la mode que certains autres courants musicaux actuels ! !

12 - On voit bien que votre démarche par rapport à vos activités musicales est très différente de celle des Seven Hate, par exemple. C'est visiblement un choix de votre part....

B : Ce n'est pas vraiment un choix. La raison nous l'impose. Je crois que l'on a commencé le groupe trop tard pour pouvoir se dire " on va se lancer à fond dans le groupe et essayer de vivre de la musique ". A part Charly, qui est jeune et sans emploi régulier, on a tous une activité professionnelle assez prenante et qui nous apporte un certain confort de vie, ce qui est déjà pas mal. Personnellement, je ne suis pas très ambitieux sur la trace que je laisserai sur la terre après mon passage. Je ne crois pas que je vais révolutionner le monde. J'essaie juste d'être un humain agréable à vivre. Le groupe nous donne du plaisir et il n'a jamais été question d'aller plus loin dans la démarche. C'est en partie pour cette raison que Simon nous a quitté. On ne veut pas que ça devienne l'usine, un boulot comme un autre. Il y a des trains-trains qui rémunèrent plus la bête. Quand on est trop dans une activité, on a du mal à prendre du recul. Par contre, avec le temps, on devient plus exigeant sur la qualité des compos. On essaye de se renouveler à chaque fois, pour ne pas s'ennuyer. On essaye d'être " professionnels " à ce stade, qui est la base de tout groupe.

JP : On considère la musique comme une passion, comme un moyen de s'évader du quotidien et non comme un moyen de gagner notre vie. Quand tu as bien intégré cela, il est clair que ta démarche artistique ne peut pas être des plus agressives. On aime se retrouver ensemble et jouer, mais on a également chacun d'autres intérêts au moins aussi importants que la musique alors on jongle avec tout ça.

13 - Quels sont les groupes dont vous vous sentez proches actuellement (Ou les disques que vous écoutez avec le plus de plaisir) ?

B : Voici mon top 15 actuel dans le désordre : Juno, Burning Airlines, Bluetip, Shiner, Pavement, Promise Ring, Get Up Kids, Six Going On Seven, Spoon, Deus, Sense Field, Knapsack, Foo Fighters, Beck et Fat Boy Slim.

JP : Les groupes que j'écoute et dont je me sens proche sont nombreux : Samiam, Jawbreaker, Knapsack, Fireside, Sense Field, Promise Ring, Harvey Danger, Burning Airlines, Six Going on Seven, Shihad, Starmarket, etc… Mais j'écoute également Portishead, Massive Attack, Fat Boy Slim, et bien d'autres encore.

P : Je tiens absolument à rajouter Fugazi, Swell, Smart Went Crazy, Aphex Twin et DJ Shadow.

14 - Vous verra-t'on en concert un peu partout en France, pour la sortie de cet album ?

B : A ce jour, la tournée n'est pas complètement calée. On doit joué à Thiers, à Marseille, à Montpellier, au Puy en Velay, à Angoulême, à Blois, à Epinal, à Nilvange (Moselle)… C'est Christelle qui s'occupe des concerts (bivouac@netcourrier.com).

JP : On est ouvert à toute proposition !

15 - Avez vous des projets parrallèles aux Bushmen (C'est un truc super à la mode, les "side projects" !) ?

B : Non mais j'aimerais apprendre à faire mumuse avec le logiciel Acid, genre DJ du dimanche.

JP : Des projets artistiques personnels : Non. Des projets personnels tout court : Certainement, mais ça reste personnel.

16 - D'autres disques ou morceaux des Bushmen vont-ils sortir dans un futur proche ?

B : Rien n'est prévu à ce niveau là. On répète avec Fred, le guitariste qui remplace Stef depuis son départ pour Paris, et qui doit être prêt pour les concerts à venir.

JP : En voilà une bonne question ! On a continué à composer depuis l'enregistrement, on a donc quelques nouveaux morceaux inédits que l'on va commencer à rôder sur scène.

17 - Organisez-vous toujours des concerts ou des festivals sur Limoges ?

B : Non, on a laissé La Sauce depuis 3 ou 4 ans. On n'avait plus le temps de s'en occuper sérieusement. Le monde des concerts a évolué ces derniers temps sur Limoges. Le 22 a fermé, le Grand Zanzibar et le Mélodie en Sous-Sol ont ouvert. Il y a toujours des concerts à John Lennon organisés par Hiéro, General Prod… Le gros de la programmation suit la tendance actuelle : reggae, rap, ragga, festif français, ska…

18 - Les groupes qui sévissaient sur Limoges au moment de votre formation ont presque tous disparus, non ? Vous exisitez depuis déjà six ans, c'est déjà une belle longévité pour un groupe, en France...

B : C'est vrai que pas mal de groupes (Super Dwarves notamment) ont arrêté mais d'autres continuent à se faire péter les tympans tout en tapant du pieds (Ejectés, Beachbreakers…). D'autres groupes se créent aussi (Wild Shores…). Notre génération trouve peu à peu du travail, fait des gosses… Notre avantage c'est qu'on ne lasse pas rapidement et qu'on ne se démotive pas au premier échec. Encore une fois, le fait de considérer la musique comme un truc à côté nous permet d'envisager la chose tranquillement, sans objectif précis, sans angoisse particulière. Nous n'avons jamais pensé non plus que le fait d'avoir un noyau local de fans et de copains était l'aboutissement de la carrière d'un groupe.

JP : Comme je le disais, si nous sommes toujours ensemble, c'est parce que l'on prend plaisir à se retrouver, que l'on ressent toujours les mêmes émotions à chaque fois que l'on crée un nouveau morceau et surtout que la musique reste pour nous une passion et non un gagne-pain. Et puis, il y a également une part de chance dans tout cela : Quand Simon est parti, il nous a présenté Charly qui assure aussi bien que lui. Stéphane, lui aussi, nous a quittés pour raisons professionnelles. Nous avons continué à quatre, nous avons enregistré à quatre et depuis quelques semaines, Fred nous a rejoint. D'autres groupes auraient peut-être baissé les bras… Pas nous ! ! ! On est toujours là, heureux comme au premiers jours.

19 - Avez-vous un site sur internet (Ca aussi, méga mode !) ? Comptez-vous développer la chose ?

JP : Le site BUSHMEN existe déjà depuis un an à peu près (http://perso-wanadoo.fr/bushmen/) et je suis d'ailleurs en train de le relooker. On trouve tout ce que l'on a envie de savoir sur le groupe (news, biographie, discographie, écoute, photos, concerts, etc…) et on peut même laisser des messages si l'on a envie d'en savoir encore plus. C'est pas beau ça ! ? ! . . .